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Quelles opportunités professionnelles saisir dans le numérique pour les profils seniors en fin de carrière ?

Selon France Stratégie, plus de 230 000 emplois nets ont été créés dans le numérique entre 2010 et 2022. Le digital et les SI (Systèmes d’information) est l’un des secteurs les plus florissants et de fait moins exposés aux crises. L’essor de l’IA confirme cette dynamique et motive de nombreux professionnels expérimentés à envisager une transition vers ces métiers. Mais la réalité de l’accès des seniors à ces emplois mérite d’être nuancée. Selon une étude Apec de 2023, seulement 7 % des recrutements dans la tech concernent des candidats de 50 ans et plus, alors que cette tranche d’âge représente 18 % de la population active. Ce taux est plus faible que la moyenne tous secteurs confondus. Néanmoins, certains métiers ou entreprises du numérique montrent de réels signaux d’ouverture, en particulier autour des fonctions expertes où l’expérience est valorisée et recherchée.

Les difficultés rencontrées par les profils seniors

Les profils seniors rencontrent ou peuvent rencontrer un certain nombre de difficultés lors de leur fin de carrière : aussi bien en phase de recrutement qu’en situation de travail.

Compétences numériques et intégration au travail

Un des enjeux clés pour les seniors dans le numérique est la maîtrise des outils et compétences numériques : même si les niveaux de compétences de base entre générations tendent à se rapprocher, les seniors sont généralement moins susceptibles d’utiliser des compétences numériques avancées que les plus jeunes dans des métiers similaires.

Près de 65% des recruteurs pensent que les seniors ont plus de difficultés à apprendre de nouvelles technologies (Baromètre France Compétences 2023). Ceci a pour conséquence d’influencer les choix de recrutement et les parcours de fin de carrière. 

À cela s’ajoute une nécessité accrue de formation continue : les professionnels seniors qui souhaitent rester dans la course doivent souvent investir dans l’actualisation de leurs compétences, notamment à travers des formations certifiantes ou des programmes internes proposés par l’entreprise. Mais dans les faits, les salariés de plus de 50 ans suivent en moyenne deux fois moins de formations que les moins de 30 ans (Dares, 2022), accentuant la fracture numérique ou technique.

Discriminations au travail et perception des seniors

Dans le quotidien professionnel, les seniors rapportent fréquemment des situations de travail dévalorisantes ou des relations professionnelles difficiles. Selon le baromètre du Défenseur des droits mené en partenariat avec l’OIT en 2024, la moitié des actifs âgés de 50 à 65 ans ont ressenti, au cours des cinq dernières années, un "manque de reconnaissance" (sous-estimation de leurs compétences, réalisation de tâches perçues comme inutiles, ingrates ou dévalorisantes...).

Cette dévalorisation n’est pas seulement externe (recrutement), mais peut se ressentir dans la dynamique interne d’équipe, où des stéréotypes persistants considèrent parfois les salariés plus âgés comme moins adaptables, moins dynamiques, ou dépassés par les outils numériques. 

Un des aspects les plus documentés concerne les discriminations liées à l’âge. Environ 23 % des seniors de 50 et plus déclarent avoir été victimes de discriminations liées à l’âge au travail, par exemple lors de refus d’embauche ou de renvois implicites vers la retraite. Parmi les seniors au chômage, un quart déclarent qu’on leur a déjà fait comprendre qu’ils étaient « trop âgés » pour un poste lors d’un entretien.

La combinaison de tri automatisé des candidatures (par filtre de CV), de stéréotypes infiltrés dans les processus RH, et d’une préférence implicite pour des profils « jeunes et prêts à évoluer rapidement » alimente ce phénomène, en particulier dans certains domaines du numérique (start-ups, équipes très techno-centrées). 

Carrière et mobilité

Dans le secteur numérique, les profils seniors occupent souvent des positions à responsabilité ou de pilotage, mais ils peuvent rencontrer des difficultés pour évoluer vers des rôles purement techniques ou obtenir des promotions traditionnelles, phénomène parfois qualifié de « silver ceiling » (plafond invisible qui freine les promotions).

Lorsque la mobilité salariale est plus difficile notamment en raison de leur “coût”. En effet, 48% des entreprises évaluent les seniors comme « trop chers » selon une étude BVA/Club Landoy (2023). Certains seniors choisissent donc des parcours alternatifs : travail indépendant, entrepreneuriat, consulting ou mentorat, parfois en raison des obstacles à retrouver un emploi salarié après une période de chômage.

Les opportunités professionnelles pour dynamiser la fin de carrière

Que ce soit des actions en entreprise, des dispositifs publics, des initiatives portées par des associations, les possibilités sont nombreuses pour donner un second souffle à la carrière professionnelle des séniors dans le numérique.

Programmes publics d’accompagnement à l’emploi et à la reconversion

En France, plusieurs dispositifs structurés se déploient pour soutenir les seniors dans leur retour ou leur transition vers l’emploi, y compris vers des métiers numériques.

Un exemple récent est le programme Boost 50+, lancé par France Travail à partir de l’automne 2025. Il vise spécifiquement les demandeurs d’emploi de 50 ans et plus en combinant ateliers collectifs, coaching individuel, évaluation des compétences et mise en relation avec des employeurs. Ce dispositif permet également de bénéficier d’immersions ou de formations courtes pour actualiser des compétences, y compris dans le numérique. L’objectif est de transformer l’expérience professionnelle en atouts valorisables sur le marché du travail.

En complément, le dispositif Atout Senior, piloté conjointement par France Travail et l’organisme de formation Ifocop, propose un parcours de reconversion structuré (formation théorique suivie d’une immersion en entreprise), avec des modules adaptés aux besoins du marché du travail. Ce programme a été expérimenté dès 2025 pour faciliter l’accès à des métiers porteurs pour les seniors.

Sur le plan législatif, des mesures comme la création d’un contrat spécifique dit « de valorisation de l’expérience » (contrat spécifique pour sécuriser l’emploi des plus âgés jusqu’à la retraite) sont en phase d’expérimentation pour 5 ans : ce type de contrat vise à encourager les employeurs à embaucher des seniors en réduisant certaines contraintes et en offrant plus de stabilité. 

Initiatives d’entreprises et écosystème professionnel</h3>

Dans le monde de la tech et du numérique, des initiatives émergent pour valoriser l’expérience et favoriser l’insertion ou le maintien en emploi des seniors.

Un mouvement significatif porte la “Charte 50+” promue notamment par le Club Landoy. Cette charte a rassemblé plus de 365 entreprises, y compris start-ups, fonds d’investissement, associations et incubateurs, qui s’engagent à promouvoir l’inclusion des plus de 50 ans dans les équipes, lutter contre les stéréotypes liés à l’âge, et reconnaître l’expérience comme un atout.

La communauté Les entreprises s’engagent agit pour une société inclusive. Elle propose des approches collaboratives entre employeurs autour de thématiques comme seniors, emploi et numérique, organisant des conférences, ateliers, job datings et échanges pour faciliter les rencontres entre candidats seniors et recruteurs.

Certains acteurs régionaux du Grand Ouest participent activement à l’inclusion des profils expérimentés dans le marché du travail, notamment en matière de formation continue, de sensibilisation des entreprises ou d’accompagnement à l’emploi.

Le recensement des acteurs du ministère du Travail pour la Bretagne met en avant plusieurs structures impliquées sur les parcours seniors (50+), comme l’AFPA, l’APEC Bretagne, l’ARACT Bretagne, et Transitions Pro Bretagne, qui proposent accompagnement, formation, immersion en entreprise ou conseils RH sur l’intégration des seniors dans différents secteurs dont le numérique.

En Pays de la Loire, l’APEC a lancé des initiatives comme l’Inclusiv’Game Tour pour accompagner les entreprises locales dans des pratiques de recrutement plus inclusives, ce qui peut faciliter l’embauche de profils seniors, notamment dans les fonctions cadres / numériques, via la sensibilisation RH et le partage de bonnes pratiques visant à réduire les biais d’âge.

Par ailleurs, Défis Emploi Pays de Brest a lancé un groupe de travail “Nos seniors valent de l’or”. Ce-dernier a proposé 2 actions : la journée immersion en entreprise « Nos séniors valent de l’Or ! » ainsi qu’une matinée d’information sur les dispositifs séniors existants. Cet événement offre la possibilité d’en savoir plus sur les opportunités liées à la reconversion et de découvrir des parcours de formation.

Nouvelles compétences numériques

Certaines compétences numériques sont clés. Les acquérir renforcera l’employabilité des profils séniors sans aucun doute.

Maîtriser les outils collaboratifs (Teams, Zoom, Slack…) : selon l’étude de Malakoff Humanis (2023), plus de 60 % des entreprises ont accéléré l’adoption de ces outils depuis la crise sanitaire.

Appréhender les enjeux liés à la sécurité : la cybersécurité devient un enjeu pour tous, avec de nombreux cas d’hameçonnage ou de fuite de données impliquant des erreurs humaines, souvent faute de formation adaptée.

Renforcer sa visibilité professionnelle en ligne en travaillant son personal branding sur LinkedIn.
S’ouvrir aux nouveaux usages : Data visualisation, initiation à l’IA générative, gestion de projets avec des outils agiles etc. Les cursus courts sur ces sujets se multiplient, y compris pour les profils non-techniques.

S’intéresser à l’IA : L’IA est en plein essor. Il faut suivre le mouvement et acquérir les compétences nécessaires pour renforcer l’attractivité du profil des séniors. Toutefois, à l’heure où l’IA offre la possibilité d’automatiser des tâches répétitives à faible valeur ajoutée, les qualités humaines des séniors sont perçues comme un vivier de ressources irremplaçables. Ces 2 forces ne sont pas incompatibles bien au contraire et permettent aux séniors de valoriser leur expérience tout en adoptant les nouveaux outils numériques.

Typologie des fonctions numériques à cibler pour dynamiser sa fin de carrière ou envisager une reconversion

Pour les seniors de plus de 45 ans, les postes les plus pertinents sont ceux où l’expérience, la vision stratégique et la capacité de pilotage priment sur l’expertise technique très récente.

Les fonctions de chef de projet IT ou digital sont particulièrement adaptées : elles valorisent la coordination, la gestion budgétaire et la relation avec les équipes métiers. Les postes de DSI ou responsables informatiques conviennent aux cadres ayant déjà occupé des responsabilités et souhaitant évoluer vers le pilotage stratégique des systèmes d’information.

La cybersécurité constitue également une cible intéressante, dans un contexte de forte pénurie de compétences signalée par l’ANSSI. Les rôles d’analyste sécurité, d’auditeur ou de responsable sécurité de systèmes d’information (RSSI) valorisent la rigueur et la gestion des risques, souvent associées à l’expérience.

Les métiers liés à la gouvernance des données et à la conformité (DPO, responsable data, conformité IT) sont pertinents pour des profils ayant un background juridique, réglementaire ou organisationnel.

Enfin, le conseil en transformation digitale, la formation au numérique et le freelancing constituent des voies stratégiques pour capitaliser sur une expertise métier et un réseau professionnel. 

En conclusion, la digitalisation ne condamne pas l’employabilité des seniors : elle la transforme. Si la maîtrise des outils numériques devient incontournable, elle ne remplace ni l’expérience, ni la capacité d’analyse, ni la connaissance métier. Pour les seniors de plus de 45 ans, l’enjeu est donc moins de devenir experts techniques que d’actualiser leurs compétences et de démontrer leur capacité d’adaptation. En combinant expérience et culture digitale, ils peuvent faire de la transformation numérique un levier et non un frein pour la seconde partie de leur carrière.