Quelles opportunités saisir pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes peu ou pas qualifiés?
Le manque de qualification, un frein à l’embauche des jeunes
En France, en 2023, 7,6 % des 18-24 ans sont des sortants précoces du système éducatif (c’est-à-dire sans formation ou diplôme au-delà du premier cycle du secondaire), ce qui est en dessous de la moyenne européenne (9,5 %). Cela signifie que moins de jeunes quittent l’école sans qualification minimale par rapport à d’autres pays, mais ceux qui sortent restent parfois en difficulté pour entrer sur le marché du travail.
En effet, en 2025, le manque de qualification constitue un frein réel à l’embauche des jeunes, en particulier lorsqu’ils entrent sur le marché du travail.
Une proportion significative de jeunes ne parvient pas à trouver un emploi correspondant à leurs compétences ou à leurs aspirations professionnelles : par exemple, 12,5 % des jeunes de 15 à 29 ans ne sont ni en emploi, ni en formation, ni en études, un taux qui reste au-dessus du niveau souhaité et stable par rapport à 2024, révélant de réelles difficultés d’insertion professionnelle.
De plus, 15 % des jeunes salariés déclarent en 2024 que leurs compétences sont supérieures à celles requises par leur emploi, particulièrement pour les profils peu qualifiés ou en contrats temporaires, ce qui traduit des décalages entre formation, compétences réelles et besoins des employeurs.
Par ailleurs, l’écart persistant entre les compétences numériques ou techniques disponibles et celles recherchées par les entreprises contribue à cette situation : bien que la majorité des jeunes disposent de compétences numériques de base, ces dernières restent insuffisantes pour de nombreux postes qualifiés, renforçant ainsi le désavantage compétitif des jeunes peu qualifiés face à des recruteurs exigeant des savoir-faire opérationnels immédiats.
Sur le marché de l’emploi des entreprises numériques en France, bien que la demande de compétences soit très forte et que le secteur se montre dynamique, le manque de qualification des jeunes demeure un frein majeur à leur embauche.
Selon une enquête de France Travail, en 2024, les entreprises du numérique ont recensé plus de 77 800 projets de recrutement et diffusé près de 424 200 offres d’emploi, mais jusqu’à 85 % de ces recrutements sont jugés difficiles en raison de pénuries de compétences spécifiques (cybersécurité, cloud, développement, gestion de projets, etc.).
Parallèlement, certaines estimations indiquent qu’à l’horizon 2035 environ 230 000 emplois numériques nécessiteront des compétences spécialisées, et 40 % des entreprises déclarent déjà rencontrer des difficultés à pourvoir ces postes par manque de candidats qualifiés.
Cette situation se retrouve dans les profils recherchés : les plus fortes demandes concernent des fonctions techniques comme le développement logiciel, l’ingénierie systèmes ou le support technique, qui requièrent des compétences pointues rarement maîtrisées par des jeunes sans formation approfondie ou expérience professionnelle.
En conséquence, les entreprises numériques privilégient souvent des candidats déjà formés ou avec expérience, limitant l’accès des jeunes peu ou pas qualifiés à ces opportunités, malgré une croissance structurelle du secteur.
Les opportunités à saisir pour les jeunes non qualifiés
Le secteur du numérique en France offre aujourd’hui des opportunités réelles d’insertion professionnelle pour les jeunes peu ou pas qualifiés, y compris sans le baccalauréat, à condition de passer par des dispositifs de formation adaptés et professionnalisants.
Contrairement à d’autres secteurs, le numérique valorise fortement les compétences opérationnelles, la motivation et la capacité d’apprentissage, parfois davantage que le diplôme initial. C’est dans ce contexte que se sont développées des formations accessibles infra-bac, souvent gratuites ou financées, destinées à sécuriser l’entrée des jeunes dans l’emploi.
Des acteurs comme Simplon.co, ou L'eni, présent notamment à Nantes et Rennes, proposent ainsi des formations aux métiers du numérique (développement web, support informatique, réseaux, médiation numérique) ouvertes sans condition de diplôme, avec une sélection fondée sur la motivation et le potentiel plutôt que sur le parcours scolaire antérieur. Ces formations, reconnues par l’État et fréquemment réalisées en alternance, permettent à des jeunes éloignés de l’emploi d’acquérir des compétences directement mobilisables par les entreprises du numérique.
En complément, des structures associatives comme Konexio proposent des formations gratuites aux compétences numériques de base et intermédiaires (bureautique, outils collaboratifs, culture numérique, initiation au code), sans pré requis de diplôme. Ces parcours constituent souvent une première étape pour des jeunes en situation d’illectronisme ou de décrochage, avant une montée en compétences vers des formations plus qualifiantes ou une insertion professionnelle progressive.
Par ailleurs, France Travail joue un rôle central dans la mise en relation entre les jeunes peu qualifiés et les entreprises numériques grâce aux dispositifs de Préparation Opérationnelle à l’Emploi Collective ou Individuelle (POEC/POEI). Ces parcours permettent à des demandeurs d’emploi, sans diplôme ou avec un niveau infra-bac, de suivre une formation courte et ciblée sur un métier précis du numérique, avant une embauche ou une entrée en alternance.
En 2024-2025, plusieurs milliers de POE ont été déployées dans les métiers du numérique afin de répondre aux tensions de recrutement, notamment sur des fonctions de support informatique, d’assistance digitale, de technicien systèmes et réseaux ou de relation client numérique. Au-delà des POEI/POEC, France Travail Pays de Loire propose aux personnes en recherche d’emploi, notamment des profils débutants, de participer à des actions de formation pour se former à certains métiers du numérique.
Du côté des entreprises, si les postes les plus techniques restent exigeants en qualification, de nombreuses entreprises numériques recrutent à des niveaux infra-bac ou bac, en particulier sur des fonctions d’entrée dans le secteur : support utilisateur, assistance informatique, opérations digitales, modération de contenus, relation client en environnement numérique ou encore fonctions de back-office digitalisées.
L’écosystème numérique du Grand Ouest, structuré autour de pôles comme Nantes Tech, Rennes Atalante ou ADN Ouest, rassemble un tissu dense de PME, startups et entreprises de services numériques qui, confrontées à des pénuries de compétences, s’ouvrent de plus en plus à des profils juniors formés via des parcours courts et professionnalisants.
Helpline, entreprise française spécialisée dans les métiers du support informatique et du helpdesk, recrute régulièrement des techniciens support / service desk sans exiger de diplôme informatique élevé, voire sans qualification initiale. Les candidats doivent présenter une appétence pour l’informatique, de bonnes capacités relationnelles et un sens du service. Ces postes consistent à assister les utilisateurs dans l’usage de leurs outils numériques (poste de travail, logiciels, incidents courants) et reposent davantage sur des compétences pratiques et comportementales que sur des savoirs techniques avancés.
Helpline s’appuie fréquemment sur des parcours de formation intégrée, en amont de l’embauche, notamment via des dispositifs financés par France Travail, afin de rendre les profils opérationnels rapidement. Ces métiers offrent ainsi une insertion professionnelle rapide et des perspectives d’évolution vers des fonctions techniques plus spécialisées.
De son côté, ENI École Informatique, implantée notamment à Saint-Herblain en autre, est un acteur reconnu de la formation aux métiers du numérique qui intervient directement en lien avec les besoins des entreprises. En plus de ses cursus diplômants, ENI met en œuvre des Préparations Opérationnelles à l’Emploi Individuelles (POEI) en partenariat avec France Travail. Cette initiative permet de former des candidats, y compris sans diplôme informatique initial, à des métiers ciblés comme technicien support, technicien systèmes et réseaux ou développeur junior. La POEI constitue un levier particulièrement efficace pour sécuriser l’entrée dans l’emploi des jeunes peu qualifiés tout en répondant aux tensions de recrutement des entreprises numériques du territoire. Par ailleurs, l’école ENI propose des formations dont certaines sont éligibles avec le niveau infra-bac.
Autre initiative intéressante : Invest in Digital People est un programme porté par ADN Ouest en partenariat avec France Travail et des entreprises du numérique. Il vise à favoriser la reconversion et l’insertion professionnelle dans le secteur numérique, y compris pour des personnes sans qualification informatique préalable. Le dispositif combine une formation intensive de plusieurs mois, construite sur mesure selon les besoins des entreprises, et un accompagnement vers l’emploi, avec l’objectif que les participants deviennent rapidement opérationnels et embauchables. Les métiers visés incluent des postes techniques comme développeur, technicien helpdesk ou les métiers de la data. La majorité des participants trouvent un emploi durable à l’issue du programme. Malheureusement, il n’a pas été reconduit en 2025.
En 2025, plusieurs dispositifs et programmes se sont renforcés pour faciliter l’insertion des jeunes peu ou pas qualifiés dans le secteur numérique. France Travail, en partenariat avec Numeum, Diversidays et Social Builder, organise des sessions de découverte des métiers numériques, des immersions en entreprise et du coaching personnalisé pour préparer les jeunes à l’emploi. Le fonds régional ADN Solidarity soutient des projets d’inclusion numérique dans le Grand Ouest, visant à sensibiliser et former des publics éloignés à des compétences numériques concrètes. Parallèlement, des financements européens comme le FSE+ et des programmes internationaux (ex. DT4SI) renforcent les formations numériques et les parcours de reconversion pour ces publics. L’ensemble de ces initiatives combine formation, accompagnement et immersion en entreprise, offrant des opportunités concrètes d’emploi durable dans le numérique.
En définitive, le numérique constitue un secteur particulièrement stratégique pour l’insertion des jeunes peu ou pas qualifiés, à condition d’articuler formation accessible, accompagnement renforcé et besoins concrets des entreprises. Les dispositifs publics comme les POEC/POEI, les écoles inclusives du numérique et les écosystèmes régionaux, notamment dans le Grand Ouest, permettent de transformer un déficit de diplôme initial en une trajectoire d’emploi progressive et durable dans un secteur en forte tension de recrutement.